RENCONTRE | Raôul Duguay
J'AVAIS PHOTOGRAPHIÉ Raôul Duguay quelques années auparavant pour le magazine Parcours. Mais cette fois-ci, c'est l'artiste lui-même qui m'a contactée. «J'aimerais bien que l'on passe une journée ensemble à mon atelier», me dit-il. Une proposition que je ne pouvais refuser.
C'était une journée chaude et humide du mois d'août. La chaleur m'accablait déjà, même à 10h le matin. Mais aucun élément extérieur ne semblait perturber le peintre, très concentré devant sa toile vierge, réfléchissant à l'œuvre en devenir. Après quelques minutes passées à pianoter devant la surface blanche, il empoigne quelques bouteilles d'acrylique, s'assure que les orifices soient bien dégagés et d'un geste sûr, commence à étendre la couleur. Des traînées bleues, turquoise, vertes et pourpres se répandent et s'entremêlent sur une extrémité de la toile.
Puis soudainement, l'artiste soulève le canevas, le remue énergiquement d'abord vers la droite, puis vers la gauche, toujours en surveillant attentivement les coulées qui se précisent. La couleur déferle sur la toile, s'agite, se brise et s'entrechoque jusqu'à former des ondes limpides. Le regard satisfait, Duguay dépose le tableau sur la table et empoigne une large spatule. D'un rythme soutenu, il martèle l'extrémité des coulis qui s'allongent sur la surface en de fins filaments semblables à la cime d'une forêt de conifères.
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